AfroCubisme : réchauffement global

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De la musique du monde, du beau monde même : à Madrid, la crème des musiciens maliens et cubains invente un espéranto qui redonne l’espoir. AfroCubism, bientôt en concert, ici en critique et extraits.

Buena Vista Social Club : dans la deuxième moitié des années 90, une assemblée de musiciens vétérans renaît de ses cendres (de cigare cubain) et fait danser la terre entière sur Chan Chan. Wim Wenders en fait un film. Le groupe devient un phénomène et vend des albums par wagons (huit millions à ce jour, dont 700 000 en France).

Mais deux hommes l’ont un peu amère : ils ont raté le train du Buena Vista Social Club. Pourtant, ils avaient le billet. Bassekou Kouyaté et Djelimady Tounkara sont des musiciens maliens. Le premier est un maître du n’goni, et le second guitariste du Super Rail Band de Bamako. En 1996, le bien nommé producteur Nick Gold, patron du label World Circuit et roi Midas des musiques du monde, leur propose de se rendre à Cuba pour enregistrer des chansons avec le guitariste-chanteur Eliades Ochoa.
Nick Gold en a aussi parlé à Ali Farka Touré, mais celui-ci décline – il se voue à l’époque à ses activités de cultivateur. “Ali m’a dit que les deux autres seraient parfaits. Pour moi, ce projet n’était pas un concept, plutôt l’envie d’une rencontre entre trois hommes que j’aimais. J’avais découvert la musique cubaine en Afrique de l’Ouest, je savais que ça serait facile parce que les Maliens connaissent la musique cubaine”, explique Nick Gold.

Pour d’obscures histoires de retard de visas, Bassekou Kouyaté et Djelimady Tounkara rateront la session d’enregistrement cubaine. L’album se fera sans eux. Lorsqu’on demande à Nick Gold comment il analyse la chose – un succès né d’un accident –, il répond : “Pfff… Avec les Africains, le disque aurait été différent, peut-être qu’il n’y aurait pas eu ce succès…” On ne peut pas refaire l’histoire. Mais on peut réenregistrer un disque. Nick Gold n’a jamais lâché l’affaire. “J’ai toujours eu en tête de faire ce disque Mali-Cuba. Le projet a mûri pendant douze ans, j’ai pensé à de nouveaux musiciens.”

En 2008, il réussit à réunir son monde dans un studio de Madrid. Le joueur de kora Toumani Diabaté et le chanteur Kasse Mady Diabaté se sont ajoutés au line-up original. Côté cubain, on retrouve Eliades Ochoa et son groupe. Ce devait être une simple répétition générale : c’est en fait la matière d’un album qui est enregistré en une poignée de jours. “Il y avait une excitation, une impatience. Quand ils ont commencé à jouer, la musique est sortie toute seule, comme si elle attendait depuis douze ans. On a fini l’album sans que je m’en rende compte.”

Maliens et Cubains ne parlent pas la même langue, mais la musique est leur espéranto transatlantique : fondée sur les cordes (la guitare espagnole, la kora, le n’goni), la musique avance par vagues, chaudes et harmonieuses. Aux structures plutôt rigoureuses des chansons cubaines, les Maliens apportent de l’espace, de la déambulation et parfois un doux mystère. D’anciennes chansons (Mariama, Guantanamera) découvrent les vertus du voyage et s’offrent une nouvelle jeunesse. L’album a été enregistré dans les conditions du live, tout le monde en cercle autour des micros, et ce partage équilibré de la musique s’entend. La découverte est réciproque, l’échange fructueux. Moins cubique que sphérique, la musique d’AfroCubism plane sur un vent chaud, en toute latitude, enfin délivrée des visas.

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Concert : Le 5/12 à Paris (Bataclan)

Article Source : lesinrocks.com

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