Youssou Ndour et Thione SECK étalent leurs divergences devant le président WADE

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Le Conseil présidentiel sur le Festival mondial des arts nègres (Fesman) prévu pour le mois de décembre prochain a eu lieu, hier. Seulement, si pour les organisateurs, c’était une occasion d’exposer au président de la République les travaux réalisés à quelques mois de la manifestation, il faut dire qu’ils ont tout fait sauf convaincre Wade. Que ce soit Racine Senghor, Gad Weil, Youssou Ndour, le professeur Iba Der Thiam, personne n’a pu apporter des réponses adéquates aux questions du chef de l’Etat qui voulait simplement savoir ce qui a été fait et ce qui reste à faire pour savoir si le Fesman se tiendra au mois de décembre comme prévu.

« Ce conseil va durer 1h au maximum. Il s’agit de faire le point sur le Fesman sans aller en profondeur. Moi, je veux savoir ce qui a été fait, où nous en sommes et ce qui nous reste à faire pour savoir si effectivement le Fesman peut se tenir au mois de décembre comme nous l’avons arrêté. Vous allez prendre deux responsables pour nous expliquer ce qui a été fait. J’espère que c’est possible ». Ces précisions faites, le président de la République donne la parole au ministre d’Etat Mame Birame Diouf qui retrace le contexte historique et les raisons pour lesquelles le Fesman doit être une réussite. À sa suite, c’est le coordonnateur des manifestations, Alioune Badara Bèye qui explique que l’organisation du Festival se trouvait sur une pente ascendante. D’autant que, révèle-t-il, toutes les commissions s’acquittent convenablement de leurs tâches. Pour preuve, il énumère les colloques, pré-colloques et différentes rencontres tenues à ce sujet au Mali, Canada, Algérie, Maroc et enfin au dernier sommet des chefs d’Etat à Addis Abéba. Sans compter, l’arrivée prochaine d’artistes de renoms comme Akon mais également, la participation de footballeurs internationaux comme Christian Karambeu pour un match France-Afrique ou un autre pays contre l’Afrique 24h avant le Festival. Tout allait bien jusqu’à ce qu’arrive le tour de Racine Senghor en charge de la Commission nationale. Présentant les commissions, il n’aura pas le temps de terminer et pour cause. Tout juste, commence-t-il à dire : « le Sénégal devra présenter des troupes dans toutes les disciplines. C’est ainsi qu’il a été mis sur pied une Commission nationale. Nous une commission en… » que Wade lui arrache la parole pour dire : « reprenez les sous-commissions que vous avez énumérées ». Il reprend mais ce ne sera pas pour longtemps. Wade revient à la charge pour dire : « non, non attendez, c’est une Commission nationale ? Le directeur des Arts de répondre timidement : « oui Président, c’est une Commission nationale ». Wade lui demande alors de continuer, mais il n’aura même pas le temps de développer. Wade lui arrache à nouveau la parole : « M. Senghor, je vais vous arrêter. Je me rends compte que vous travaillez bien. Pour la sensibilisation des Sénégalais vous vous y prenez bien. Mais, quelle est l’articulation avec le Fesman ? Vous nous parlez de littérature… Je ne veux pas m’embarquer dans des affaires sénégalo-sénégalaises. Dites-moi, du point de vue mondial, quel est le point de la structuration ? Ce que vous me dites, c’est rassurant côté sénégalais, mais qu’est-ce qui a été fait au niveau mondial ? C’est là qu’intervient Gad Weil, le directeur de la production, pour tenter des réponses par rapport à ce qui a été fait sur l’échiquier mondial. « Aujourd’hui, 53 pays non africains ont confirmé leur participation ». Et, comme si Wade n’était pas convaincu, il le coupe aussitôt pour lui balancer : « les pays de l’Afrique participeront. Ils sont 53, je le sais. Ce que je demande c’est de savoir si des pays non africains ». Gad Weil de répondre : « oui Président, il y a d’autres pays non africains qui participeront ». Avant d’étayer ses propos par des images qui montrent des sites d’hébergements et des villages construits à l’aide de tentes qui, d’après lui, ces « villages » accueilliront 3000 festivaliers.

Thione Seck dénonce Youssou Ndour

Pour ce qui est du volet artistique et plus particulièrement, en ce qui concerne les artistes pressentis, Gad Weil laisse à Youssou Ndour le soin de faire le point. Le leader du Super étoile se lance : « je vais être un peu plus concret. Autrement dit, plus direct. Nous avons convenu avec Gilles Berthe de tenir un concert symbolique à Gorée. Le contrat est en train d’être ficelé. Avec Manu Dibango, également nous avons retenu le son qui va servir d’hymne (il fredonne le chant pour donner une idée de la chanson extraite d’un vieil album). Youssou Ndour d’expliquer les projets qu’ils ont avec l’ancien ministre de la Culture du Brésil, le musicien Gilberto Gil et l’hommage à rendre à Bob Marley. Thione Seck, jusque-là silencieux, demande alors la parole pour demander l’arbitrage du président de la République. « Avant d’avancer, je veux qu’on éclaircisse un petit quiproquo. C’est à moi qu’on avait donné la parole pour parler au nom des artistes. Disant parler au nom des artistes (sauf le leader du Super étoile certainement), Thione Seck refuse que Youssou Ndour et Manu Dibango, seuls, choisissent et chantent, l’hymne du Festival. Toujours selon Thione Seck, les artistes sont certes d’accord pour un hymne mais un hymne sur lequel tout le monde posera sa voix. À défaut, continue-t-il : « que l’on crée un hymne parallèle ». À la dernière réunion, rappelle le leader du Raam Daan, « il avait été clairement dit que la question de l’hymne n’était plus d’actualité. Mieux, il avait été retiré. Seulement, à entendre Youssou, c’est comme si cette question demeure plus que jamais d’actualité. On est à quatre mois du festival, il faut éclaircir les choses afin qu’il n’y ait pas de frustrations ». Intransigeant, Thione Seck propose qu’un hymne où tout le monde posera sa voix soit composé, même s’il reconnaît que ce sera très difficile ». À peine, a-t-il terminé que Youssou Ndour reprend la parole pour faire des précisions : « l’hymne n’a pas encore été fait. C’est juste qu’on veut, Manu et moi, faire quelque chose là-dessus. Il y a une autre dimension à prendre en compte. C’est la dimension mondiale. Tout le monde ne pourra pas participer, mais, il y aura des chœurs ».

Wade désavoue le leader du Super étoile

Invité à trancher le « désaccord », Wade ne se fait pas prier :« je ne pense qu’on veuille d’un hymne du festival. À la place, je préfére qu’on me parle de chants. Qu’est-ce qu’un hymne ? Ensuite, je n’ai attribué à Youssou, ni à personne la responsabilité de créer un hymne. Si c’était le cas, on peut créer une commission qui engagerait ses responsabilités. Je ne veux pas d’un hymne mais de chants ». Là, Gad Weil intervient à nouveau pour lui parler de l’existence de jurys internationaux. D’un ton ferme, le Chef de l’Etat coupe : « vous m’annoncez qu’il y a des jurys internationaux. Comment je peux le savoir si vous ne me le dîtes pas ? Il ne faut pas inventer. Et puis, qui sont les présidents de jurys ? » Sentant que les affaires tournaient au vinaigre, Alioune Badara Bèye vient à la rescousse de Gad Weil pour expliquer les rôles des principaux jurys. Rassuré, le président de la République demande à l’assistance de concentrer le reste du temps au contenu artistique et littéraire, « d’autant que j’avais dit de réfléchir sur le message du Festival ». Et c’est ainsi qu’il est revenu au professeur Iba Der Thiam de s’expliquer sur l’état d’avancement des trois grandes conférences qu’il pilote. « Monsieur le Président, j’ai adressé une dizaine de correspondances à Mme Mbaye (NDLR : c’est l’assistante du chef de l’Etat). Et jusqu’à ce jour, je n’ai pas obtenu de réponses. Il y a même des gens qui veulent venir mais je ne sais pas comment faire pour les billets d’avions. Et, depuis lors, j’attends. Comme vous le savez, je suis un pur produit de la vieille école. Quand j’adresse une correspondance, j’attends toujours une réponse. Et puisque, jusque-là, je n’ai pas eu de réponse, je suis bloqué ». Wade de piquer : « si je vous confie un travail, c’est parce que j’ai confiance en vous. Ne me parlez pas de vieille école. Vous savez que je suis également un produit de la vieille école. Les questions, ce n’est pas à moi que vous devez les poser. S’ils doivent prendre un avion pour venir à qui ils doivent le demander ? Il ne faut pas me poser ces questions ». Estimant que la communication n’était pas suffisante, Wade demande aux organisateurs de faire plus : « il faut aller vers la population. Ce que je souhaite, c’est que le Sénégalais moyen puisse savoir qu’au mois de décembre il y aura un festival dénommé : Fesman ».

Madou MBODJ

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Source: L’as

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