Manu Lima : « la musique sénégalaise, bien qu’elle soit riche, artistiquement parlant, elle n’est pas rentable au niveau business »

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Manu Lima est un Sénégalo-Capverdien auteur-compositeur-interprète de musique Cabo,  Zouk Love, Funana etc. C’est également un arrangeur de musiques, jadis indétrônable  dans le paysage musical sénégalais, car l’ombre de son savoir-faire a plané sur la quasi-totalité des productions  des artistes de l’époque, avant qu’il ne se migre du coté de Paris.
A l’occasion du concert organisé par Africités, nous l’avons croisé au terrain football de « KharYalla » où il a accordé à Dakarmusique une interview. Au cours de celle-ci, il nous confiera ses impressions sur l’état de santé actuel du « Mbalax », son opinion sur la nouvelle génération d’artistes etc. Entretien.

Dakarmusique.com : Bonsoir M. Manu Lima, quelles sont vos nouvelles ?
Bonsoir, les nouvelles c’est que je ne suis pas là en tant que musicien-artiste,  j’ai amené, le mythique groupe de la Guinée Bissau, Tabanka Djaz pour l’évènement Africités 2012. Nous sommes en plein spectacle  et dans un quart d’heure la population senegalo-capverdienne, africaine en général va écouter Tabanka Djaz parce que je sais que le groupe est très aimé en Afrique notamment au Sénégal.

Dakarmusique.com : Il y’avait une époque où il y avait la haute statature de M. LIMA sur toutes les produits sénégalais, comment ça se fait ?
(Rires !) on me pose souvent cette question ; c’est vrai qu’on a eu une super expérience de travailler avec tous les grands de la musique sénégalaise Baaba Maal, Thione Seck, Coumba Gawlo, Super Diamono, mon poulin Boy Marone etc. En fait de grosses boites comme LUSAFRICA, la boite mythique de Cesaria Evora et Cabo Vert Show…et  Syllart Production de mon grand ami Ibrahim Sylla ont voulu produire des artistes sénégalais dont Boy Marone. Pour vous dire franchement, c’était un travail comme la banque, ce sont des pokers donc quant- ils travaillent  c’est pour gagner des sous.
On nourrit la publicité de l’artiste, on fait connaitre l’artiste que nous aimons  à travers le monde, à travers le pays donc ça était le cas de Boy Marone, mais le problème est que c’est connu, l’Afrique notamment au Sénégal, le problème de la piraterie ; ces boites qui travaillent comme des banques  ont vu que leur investissement de 10 000 000 à 13 000 000 FCFA ne produisait que 4 à 5 mois après avec 3 000 000 FCFA en retour au niveau du marché, ça ne les intéressaient pas. Les banques ont compris en un mot que la musique sénégalaise, bien qu’elle soit  riche,  artistiquement parlant, au niveau business  elle n’est pas rentable, le marché n’est pas assez grand, ceci les a amenés à arrêter de  produire au Sénégal.

Dakarmusique.com : que pensez-vous du «  mbalax » actuel ?
Je vois qu’entre temps il y a eu une nouvelle génération  de « mbalax » parce que moi le « mbalax » que je faisais à l’époque, que ça soit avec Ismaïla Lo, que se soit avec Thione Seck, avec Baaba Maal, Super Diamano, avec tous ces grands noms de la musique sénégalaise, moi je dirai qu’on faisait du « mbalax » orchestré , tous les instruments avaient leur place : chanteur, les claviers, les percussions etc. aujourd’hui il y aune nouvelle mode dont moi je ne suis partant; c’est la musique « mbalax » dite pure et dure qui soit ancrée sur les tams-tams, les balafons, les Djembés, les Tassous  etc. en fait rien a changé, quand j’écoute la musique sénégalaise c’est la même chose que j’écoutais il y a dix, quinze ans. Mais elle est variée parce que maintenant il y a beaucoup de Home Studio, tout le monde enregistre chez lui, donc pour dire que sur le marché il y a des artistes à qui il faut redonner un peu de hauteur.

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Dakarmusique.com : la nouvelle génération, fait-elle la musique  mbalax mieux que l’ancienne génération ?
Non ! Pour ça je ne peux pas le dire. La jeune génération travaille beaucoup dans les Home-Studio ; à l’époque pour travailler dans un studio c’était 8 000 à 10.000€ l’équivalent de 6 à 7 000 000 FCFA, et la journée était à 300 000 FCFA avec des ingénieurs de renom ; de nos jours tu trouves une chambre, un PC et micro, voilà le studio,  tu t’autoproclames  artiste « kaylène niou Mbalax ».

Dakarmusique.com : est-ce sauvage tout ça ?
Chacun fais son business de son coté, c’est ce qui fait que la BSDA est aussi perdue de son coté parce qu’ils ne peuvent pas contrôler tout ça. Tous ces gens qui travaillent chez eux comme ça « niouy déf musique », qui sortent ainsi sur internet, c’est un énorme manque à gagner pour la société BSDA et pour l’artiste, parce que le petit « homiste »  est entrain de tuer l’artiste et de s’auto-tuer. C’est pourquoi la qualité qui est là, elle est moindre parce que le digital ne peut pas remplacer l’analogie, celle-ci est plus proche de l’humain, elle est authentique.

Dakarmusique.com : les danseurs se mettent à chanter, le « mbalax » serait-il trop facile ?    
Non le « mbalax » n’est pas facile, c’est que les chevaux, les chiens, les chats, les oiseaux tout ce que tu veux ont été lâchésdans la nature ; il y a du catastrophique  certes, mais dans ce lot,  tu vas trouver également  des trucs biens. Il faut dire non non assez !!! « bakhna » (ça suffit), et ce qui est drôle c’est qu’à chaque fois qu’ils sortent un nouveau produit, ils disent que « guénéna casette » (rires). Les artistes qui dansent aujourd’hui et qui chantent, comme ils se disent qu’ils ont un peu de notoriété  parce qu’ils font de la Sweet dance ou de hard dance, ils se disent : vue que je suis connu, et qu’on aime ma façon alors,  boy j’ai un petit 400 000 FCFA, bah je me jette à l’eau. A cela il y’a aujourd’hui la voix la plus fausse du monde : donc « woyal rék amoul béne problème ».

Dakarmusique.com : un message à lancer ?
Juste vous dire que là on est en fin d’année, en nouveauté il y a un de mes artistes de renom que vous connaissez  tous, Grace Evora qui va sortir son best of, dont cinq titres inédits. Jai composé ou du moins j’ai arrangé un super titre, et je pense que le Sénégal  aura l’occasion de le découvrir. Et euh, ce que je peux dire aux mélomanes et aux musiciens du moment, c’est  de ne jamais arrêter d’écouter toutes sortes de musique, d’être ouvert au monde musical, à tous les styles ; et quand t-on écoute Viviane, on ressent sa culture d’ouverture musicale, elle écoute du Blues, de la Pop music etc.

Par Moustapha KORERA, dakarmusique.com
[email protected]

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