Fodé BARO « je fais partie d’une grande famille de marabouts et c’était pour elle tout simplement inadmissible qu’un de ses fils chante. »

par | 24 mai 2009 | Interviews

Fodé BARO est un chanteur guinéen qui se qualifie de panafricaniste et un fervent défenseur de la condition féminine. Il revient sur les difficiles années vécues à cause de sa dévotion pour la musique.

Etant le seul chanteur d’une grande famille religieuse, ses parents n’ont ménagé aucun effort pour lui couper la route de ses ambitions musicales. Son succès auprès de la jeunesse africaine est pour lui tout simplement un don de Dieu…
Dakar Musique : Vous êtes de quelle région de la Guinée Conakry ?
Je suis guinéen, fils de Samantani TOURE et d’Ibrahima Kalil BARO. Nous sommes la seule famille BARO de la Guinée car ce nom est d’origine sénégalaise mais qui est devenu malinké par alliance. Je suis donc de la haute Guinée, plus particulièrement de la préfecture de Kankan et de la sous préfecture de Bassando Touba.

Dakar Musique : Comment ont été vos premiers pas dans la musique ?
Je dois dire que depuis tout petit, vers l’âge de sept (07) ans déjà, je jouais à la percussion. Un peu plus tard vers l’âge de quinze (15) ans, j’ai intégré le mouvement des pionniers et on assurait l’animation de scènes pour le gouvernement, c’était avec le Président Ahmed Cheikhou TOURE. C’est à l’âge de dix sept (17) ans que suis devenu le leader de la troupe fédérale à l’école par rapport à mon talent. J’ai suivi pas à pas le groupe Bambéya Diazz et appris la musique dans tous les orchestres nationaux.

Dakar Musique : Quelles sont les obstacles que vous avez rencontré sur votre chemin et comment vous les avez surmontés ?
J’en ai rencontré pas de petits mais d’énormes et j’avoue qu’ils étaient très difficiles à surmonter. Ma difficulté majeure fut ma famille, je fais partie d’une grande famille de marabouts et c’était pour elle tout simplement inadmissible qu’un de ses fils chante. Nous avons nos griots qui chantent nos louanges donc pas question pour ma famille que je fasse un métier qui n’est pas le nôtre. J’ai osé désobéir à l’ordre familial qui était déjà établi et dogmatique dans une certaine mesure. J’ai été maudit puis rayé de la famille et des plans démoniaques ont été mis en place pour me faire regretter mon choix.
C’est par suite à cette stratégie prise contre moi que j’aie choisi de m’expatrier au Libéria, puis à Sierra Léone pendant cinq (05) ans. Je rappelle qu’à Sierra Léone j’ai été hébergé par un prêtre qui m’a pris comme fils adoptif bien que je suis resté musulman, il m’a beaucoup aidé dans le domaine de la musique, c’est là bas que j’ai appris mes premières notes de musique. En 1985, je suis rentré en Guinée, j’ai refait ma vie et j’ai continué mon chemin avec des orchestres de la place. J’ai ainsi travaillé avec Myriam Makéba et cette dernière m’a pris comme bassiste pour sa fille et là on avait commencé avec les tournées européennes. On a crée l’orchestre « Le Messager de moléfindia Diabaté », un nom que nous avons choisi par rapport à la grandeur de cet homme qui était le serviteur de Samory TOURE. Mais même avec ce retour, ma famille a fait m’a accueilli avec une nouvelle humiliation lorsqu’elle m’a convoquée en réunion et que je trouvai tout le monde entrain de manger, alors j’ai voulu faire autant lorsque mon grand père m’en a empêché. Je me suis donc mis à l’écart attendant qu’ils finissent. Après le repas, tour à tour ils se sont lavés les mains avant de verser l’eau sale sur moi pour me maudire, donc des difficultés j’en ai vraiment connu. Je les ai surmontés grâce à l’espoir qui m’a permis d’être là où je suis aujourd’hui. Dieu merci tout est rentré dans l’ordre avec ma famille même s’il y’en a encore qui ne digèrent toujours pas mon choix de musicien. ils ne sont pas très fiers de moi, n’empêche c’est leurs bénédictions qui m’accompagnent partout.

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Dakar Musique : Vous jouez avec quel instrument ?
Je suis polyvalent, je joue trois (03) à quatre (04) instruments de musique. Mais à la base je suis guitariste, je joue également du piano acoustique. A l’école y’avait beaucoup de branches ce qui fait que j’en ai profité pour apprendre le maximum de la musique. C’est un don du Ciel qui est entrain de se mettre à valeur à mon avis, toute cette connaissance dans la musique. Sinon je suis auteur, compositeur, arrangeur et c’est moi qui réalise presque toutes mes chansons.

Dakar Musique : Ce métier est-t-il en rapport avec ce que vous rêviez de faire enfant ?
Oui je rêvais de devenir un musicien-chanteur, donc ça a un lien strict. Je suis une fierté pour ma famille, la plus grande si je peux dire à part mes honorables grands parents. Dans ma famille ya de grands cadres et ce qu’ils voulaient que je devienne aussi, un grand médecin.

Dakar Musique : En quelle langue chantez-vous ?
Je parle cinq (05) langues et je chante en trois (03) principales du pays notamment le Soussou, le Peulh et Malinké. Je suis un vrai guinéen et je suis très encré aux valeurs de ce pays grâce à mon parcours si vous voulez un peu « enfant de la rue ».

Dakar Musique : Quels sont vos rapport avec les autres pays africains notamment le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire ?

Le Sénégal je l’ai dit c’est le pays d’origine de mon nom de famille BARO et qui m’accueille à bras ouverts. Je suis encore plus populaire au Mali que je le suis au Sénégal, la Côte d’Ivoire n’en parlons même pas. Vraiment c’est un don de Dieu.

Dakar Musique : Fodé BARO est-il un panafricaniste donc ?
Absolument, je suis panafricaniste au sens large du terme. Je suis pour l’unité de notre cher continent Afrique.

Dakar Musique : Avez-vous une idole dans la musique ?
Si je chante aujourd’hui, c’est grâce au grand Aboubacar Demba CAMARA du « Bambéya diazz » qui est décédé d’ailleurs à Dakar. C’est lui qui m’a donné l’envie de chanter et de devenir chanteur. Sinon sur le plan international, j’aime bien Youssou NDOUR du Sénégal même si on s’est jamais vu, j’ai une vision près de la sienne. Quelqu’un que j’adore particulièrement de par son ouverture d’esprit c’est bien Salif KEITA du Mali qui est un géant de la musique. Il m’a beaucoup influencé et certains me prêtent les attributs de son potentiel successeur. D’ailleurs lui-même il en est totalement persuadé.

Dakar Musique : Pourquoi avez-vous choisi d’être manger par une femme ? Est-ce par ce qu’elles sont plus dégourdies que les hommes ?
Je pense qu’aujourd’hui, je dis bien en ce XXIème siècle, il est dépassé le temps où la femme était esclave, contrainte à rester à la maison, faire la cuisine, le linge, aller au marché, bref femme au foyer tout court. Dieu a crée Eve après Adam pour que celle-ci lui tienne compagnie, il ordonna à Adam de faire sa vie avec elle. C’est pour dire que la femme est capable de faire ce que l’homme est capable de faire. Je me bats pour la condition de la Femme car elle est à respecter et à aimer. S’il y’avait pas Eve, il y’aurait pas la vie. J’ai choisi de travailler avec une femme compétente, c’est tout.

Dakar Musique : Quels sont vos projets actuels ?
J’ai beaucoup de projets, mais je ne veux pas trop les dévoiler par respect à la parole donnée. Je suis en tournée africaine, je prépare la sortie de mon album et un clip passe déjà à la télé, c’est le clip en hommage à feue Katoucha, nous l’avons fait pour la fondation « Katoucha NIANE ». Je milite pour le rassemblement en concert de grands artistes africains pour la cause des plus diminues, si on ne chante que pour nos poches, on aurait chanté pour rien je crois.

Dakar Musique : Qu’est ce vous aimerez dire à vos fans pour finir l’entretien ?
Je remercie particulièrement l’équipe de Dakar Musique, ainsi que tous les internautes qui vont lire cette interview. Je dis merci à mes fans et qu’ils continuent de nous encourager. Y’a qu’eux qui nous motivent d’aller de l’avant.

Entretien réalisé par Ndeye Mané TOURE

Galerie photos de Fodé BARO


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Photos Amadou Tidjiane  THIAM

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