FATA : « je n’attends rien des rappeurs, ils n’ont pas plus d’expérience que moi, ils ne voyagent pas plus que moi. »

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De son vrai nom M. Moustapha GNINGUE, FATA  est un artiste rappeur auteur-compositeur et animateur. Il fut un temps où il était incontournable dans l’univers musical du rap et aujourd’hui encore il continue à œuvrer pour le développement du Hip Hop Galsen. FATA aka El Presidentea fait son premier album avec le groupe CBV (Coup et blessure volontaire)  en 2001. Ce n’est qu’en 2005 qu’il a sorti son album solo « RAFRIQUE » (retour en Afrique). Dakar Musique est allé à sa rencontre, chez lui aux Maristes, pour une entrevue où il se dévoile à cœur ouvert. Entretien.  
Dakarmusique.com : les news de FATA
Je m’apprête à sortir cette année un album du nom de  « IKHRA ». Pourquoi « IKHRA » ? Cette dernière veut dire « DIANGAL » (apprendre).L’apprentissage est une exigence dans la vie, tout le monde se doit de faire des études. J’ai abordé  de manière spécifique dans cet album  des thèmes purement sociaux. L’objectif visé est  de retrouver le rap sénégalais qui parle aux sénégalais, aux africains. J’ai mis en exergue  des thèmes tel que « GUENTE »(baptême), « MBOCC » (famille),  « WOUDIOU » (coépouse),  « DENKAANE » (conseils) etc. qui sont  autant de  détails et de banalités  que nous rencontrons dans notre vie de tous les jours sans voir la nécessité d’y cogiter. Grosso modo ces thèmes sont d’une richesse non encore explorée ce qui  donne sens au titre de l’album « IKHRA ».

Dakarmusique.com : pourquoi depuis 2005 FATA n’a plus sorti d’album ?
Pour beaucoup de causes et beaucoup de raisons. Il y a énormément de phénomènes dans le rap  qui font que les choses ne marchent pas dans le bon sens, ce qui fait qu’il va falloir sérieusement  retraiter  la musique pour qu’elle puisse être exportable. De plus il y a des contraintes telle que le piratage, l’éclosion des nouvelles technologies de l’information et de la communication etc. ce qui fait qu’il faudra encore  du temps afin de se restructurer et de  trouver une musique adéquate pour pouvoir augmenter son audimat.

Dakarmusique.com : Quel bilan feriez-vous de votre carrière ?
Les gens me demandent souvent comment se fait- il que je sois connu de partout alors que je n’ai qu’un seul album solo sur le marché. Ceci peut s’expliquer par le fait que je prends le temps qu’il faut pour bien faire les choses. Je n’ai pas d’exigence sur le marché sénégalais. J’avoue que si s’était dans une plate-forme comme dans les pays d’Europe et d’Amérique, j’aurai pu faire un album chaque année pour enrichir  un peu la carrière. Malheureusement, au Sénégal,  il n’y a pas lieu de se bousculer ; cela fait 8 ans que je n’ai pas sorti un album et je sais que pleins de gens l’attendent impatiemment. Bref cette situation s’explique tout simplement par le fait que le marché sénégalais n’a pas d’exigence.

Dakarmusique.com : FATA se définirait- il comme étant le président de tous les rappeurs ?
Ce serait vraiment prétentieux de ma part de vouloir me définir comme le président des  rappeurs mais j’avoue qu’EL PRESIDENTE est un nom original qui incite les gens à parler. Par exemple pour « IKHRA »  j’aurai pu dire apprendre, c’est pareil pour EL PRESIDENTE. Je suis entrain d’initier des idées de part ma musique et je me suis engagé dans ce sens. Je suis dans le « game »  de part mes propres idées et c’est pourquoi je dis que je suis le président de mes idées. Je suis un  leader et je défends mes propos.

Dakarmusique.com : il est arrivé un moment où le hip hop galsen était intense en polémique et à chaque fois FATA était au milieu de ces querelles.
Je pense que l’avenir nous donnera raison. Ce qui a suscité ces controverses c’est quej’ai commencé avec des lyrics très pointus et purement hard-core. Avec l’évolution je suis  parvenu à changer la musique que je faisais en hip hop assez  original et commercial, ce qui a suscité des polémiques. Les gens disaient que FATA ne devait pas faire ceci mais cela etc. C’est des opinions qui se partagent et c’est ce qui fait la célébrité. Donc ça ne me cause pas de problème sauf que, quand j’ai commencé à faire de la musique, je n’ai demandé son avis  à qui que ce soit. Je me suis dis que je me dois d’être zen et serein pour défendre ce que je fais.

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Dakarmusique.com : Le plus souvent vos détracteurs disent que vous faites du « TASSOU » et non du rap. Quelle est votre conception de la musique ?
Je n’ai pas commencé par le « TASSOU », je suis venu avec ce qu’ils appellent le hard-core. Mon premier album hors classe était classé premier album hard-core au Sénégal. En 2001 j’ai sortie un double album hard-core, pour dire que je peux le faire, je l’ai fait et je l’ai dépassé. J’ai compris  ce que  le DARAJI FAMILY  appelle BOOMERANG à savoir que le rap n’a dû faire que le tour ‘’né en  Afrique et grandi en Amérique,le rapn’a dû faire qu’un tour’’. Ce que les gens font actuellement  a existé depuis longtemps dans le « game ». Cela veut dire quoi ?  Mon expériencem’a permis de comprendre  que c’est seul le rap qui parle de manière saccadée. Si je le rapporte à notre histoire, ça me donne « TASSOU ». C’est ce rapprochement que j’ai fait sans complexe et  je  suis convaincu du résultat. De plus, à chaque fois que tu entends musicalement un beat américain, il a indéniablement  un trait au folk que nous faisons ici au Sénégal. En somme, il faut avoir l’audace de chercher  le juste milieu entre le rap et la musique populaire que nous faisons,ce qui constitue la symbiose. Je pense que le fait de vouloir se faire passer pour un vrai alors que nous ne sommes jamais sortis de notre quartier n’a pas de sens.

Dakarmusique.com : Vous arrive t- il de repenser au beef  avec BIBSON ?
Pour les hommes de culture ce n’est pas un problème parce que c’est des choses qui arrivent. Il faut toujours avoir un prétexte pour parler de ce fameux hip hop. Je n’ai pas eu à me chamailler de manière animale avec BIBSON bien vrai que nous nous sommes échangés des paroles. Si on le ramène dans le fond, cecin’a jamais était un problème pour moi parce que c’est des choses qui existent dans le mouvement et qui doivent se faire. Avec le temps il m’a invité à son concert, j’y suis allé et ça ne fait que revaloriser davantage ce que nous faisons.  Le hip hop  prend de  l’énergie négative pour le transformer en énergie positive. Nous  avons  longtemps durée dans cette énergie négative qui fait que le rap est marginalisé.

Dakarmusique.com : la musique nigériane, asiatique … parvient à s’exporter et toujours pas le rap galsen. Qu’est- ce qui bloque ?
Les acteurs de cette musique nigériane sont tous des rappeurs qui ont eu l’audace de s’ouvrir à d’autres styles musicaux. Aujourd’hui ils cartonnent partout à travers le monde. Il suffit de voir la manière dont ils posent pour savoir qu’ils sont tous des rappeurs parce que rythmiquement ils sont forts. Nous avons ce potentiel  au Sénégal mais c’est le public qui est là et qui dirige les ténors du hip hop à tel enseigne qu’ils ne se lâchent pas par peur d’être critiqués.

Dakarmusique.com : quelle image avez-vous de la société sénégalaise
Je pense qu’il faudra une rééducation des masses et c’est un travail de très longue haleine. Il suffit de regarder  les gens qui ont duré à l’étranger,une fois revenus au Sénégal, ils veulent à tout prix que les gens adoptent une  discipline semblable à celle des occidentaux. Il ne faudrait  pas non plus négliger les leçons d’instruction  civique qui se faisaient enseigner  dans les écoles élémentaires. Ce sont  des éléments fondamentaux pour l’éducation de l’enfant et pour l’idéal de société auquel  nous tendons vers. Sans cette rééducation de la population, les choses iront toujours de mal en pis.

Dakarmusique.com : l’actualité c’est l’interdiction de l’exploitation des enfants avec le phénomène de la mendicité par le président de la république et le premier ministre. Vous en pensez quoi ?
Il est arrivé un moment où on a voulu faire de la mendicité un style et ça n’existe nulle part  dans le monde. Ce qui a amené cette situation au Sénégal  est un travail de fond qu’il va falloir résoudre à partir de la base. Si les enfants viennent des villages,il faut les réinsérer et les motiver à y rester avec des ressources pouvant leur permettre de subvenir à leur besoin sur place.De même, les maitres coraniques doivent être recensé, organisé et structuré. Pour ce qui  est de l’incendie de la MEDINA par exemple, c’est le gouvernement qui devait anticiper et aider les bidons villes parce que gouverner c’est prévoir. Mais qu’ils n’attendent pas qu’il y ait drame pour prendre des mesures unilatérales et de mettre des bâtons dans les roues aux maitres coraniques qui ne font qu’enseigner le coran.

Dakarmusique.com : un message aux autorités étatiques pour la bonne marche du hip hop, de la musique et de la culture en général.
Il est impossible de s’en sortir si on est dans le milieu de la culture, qu’on soit mbalakh-man, rappeur comédien ou peintre. Franchement ça fait peur d’être artiste et en même temps connu. C’est la raison pour laquelle  je crois plus au travail qu’à la célébrité musicale. Il faut être concret dans la vie,il suffit de voir tout ceux qui ont  des noms connus, ils ne font  pas uniquement du rap. Malheureusement les rappeurs pensent que si le ciel devait tomber  ils peuvent le retenir. Or c’est moins de 1 sur 4 de la population sénégalaise qui les connaît. Ce  n’est pas pareil avec les LABA SOCE, les THIERNO NDIAYE DOSS, les femmes de SORANO … à qui toute une génération connaît. Il appartient à l’état de structurer les choses de sorte que les artistes qui ont marqué leur temps soient reconnus comme des légendes et qu’ils fassent parti du patrimoine national. Mais  le ministère de la culture n’est que du « ngalaw ngalaw » où les gens viennent et partent sans pour autant poser une seule pierre qui va dans le sens de l’amélioration des choses. Le ministère de la culture devait être la chambre des artistes mais ces derniers ne savent même pas ce qu’ils font comme travail.

Dakarmusique.com : dans une entrevue  avec le groupe ALIEN ZIC, ils disaient qu’il faut qu’il y ait une sélection dans le milieu du hip hop. Partagez vous cette idée ?
Tu sais personne ne peut créer une police du rap mais il faut que nous réorganisions notre mouvement avec les gens de culture. Ici tous les rappeurs ont l’audace de sortir une maquette et d’aller dans les bandes FM pour que leur son passe. Et si l’animateur ne le fait pas passer, ils l’appellent pour lui dire « copain alors ça se passe comment » etc. C’est à l’animateur d’être  assez courageux pour leurs dires que leur son n’est pas à la hauteur ou qu’ils ne sont pas encore connus et qu’il mette les sons qui cartonnent.  Je suis animateur et ça ne me pose aucun problème de mettre pendant plus d’une semaine 5 ou 6 chansons. Je fais ce qui me semble juste  et c’est une sélection objective du hip hop.  Si  par exemple des rappeurs qui sont de la banlieue  ont envie de se faire découvrir,  des émissions du genre  hip hop feeling sont des plates- formes leur permettant de s’exprimer et de faire découvrir leur talent. Mais pour ce qui est de la radio, elle  doit être pour les rappeurs confirmés.

Dakarmusique.com : aujourd’hui la majeure partie des artistes s’autoproduisent cela ne nuirait-il pas à la qualité des produits ?
On ne peut pas empêcher les gens de se produire mais il appartient à l’animateur d’être sélectif. Si les animateurs  ne tombent  pas dans le sentimental et ne sont pas corruptibles, ils peuvent faire correctement leur travail. J’ai de la chance parce que je n’attends rien des rappeurs, ils n’ont pas plus d’expérience que moi,ils ne voyagent  pas plus que moi. Ce qui me motive dans mon boulot,  c’est que j’ai envie de servir le hip hop, c’est le rap qui a fait de moi ce que je suis. Le problème  c’est que les animateurs  veulent être à la fois dieu et son prophète, ce qui fait qu’ils bâclent leur travail. Ce n’est que dans le rap sénégalais que tu vois un animateur mettre 100 sons différents dans la semaine. Pourquoi ? Parce que l’animateur veut satisfaire tout le monde.

Dakarmusique.com : votre mot de la fin ?
Je remercie dakarmusique.com, je vous encourage et je prie que le choses aillent de l’avant pour vous.

Par Abdoulaye DIAW, DAKAR MUSIQUE
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