simon-01Un rappeur de grande carrure, Simon est pourtant un homme simple, posé et très ouvert. Des idées, il en a et les défend bien. Pas de détours avec lui, il n’aime pas les détails. C’est dans une atmosphère chaleureuse qu’il a bien voulu nous en dire plus sur ce qu’il fait et sur sa vie. Ce n’est pas pou rien que les fans l’adorent !

Qui est Simon ?
Je suis un artiste rappeur, je suis producteur aussi et président directeur général du label 99 Records « jolof 4 life ». Je suis dans le hip hop depuis plus de 10 ans déjà. Je faisais partie d’un groupe nommé « bisbi clan ».  J’étais  parti par la suite en France  pour un moment et je suis rentré au Sénégal en 2006 pour installer un label. Là, j’ai signé avec pas mal de groupes de rap. On m’appelle Simon parce que c’est mon nom de baptême, je suis né chrétien (Simon KOUKA). Alors, je n’ai pas senti l’utilité de changer mon nom naturel. 
 
Peux-tu nous parler de ton parcours ?
Je faisais déjà du rap en 1996 mais c’est devenu sérieux entre 1997 et 1998. On faisait pas mal de scènes (avec le groupe bisbi clan) et cela m’a beaucoup marqué, c’était cool. Ensuite, j’étais parti en France pour des raisons personnelles, mais je revenais chaque année en vacances pour voir comment se portait le mouvement du hip hop Galsen. Je me suis dis en 2005 qu’il fallait que je sorte un album vu que j’avais déjà écrit beaucoup de textes. C’est ainsi que j ai sorti « digué boor leu » en 2006 puis « Abadane Bagn Katt » en 2007 et «  Maxama Meer » en 2008. J’allais sortir un autre album en 2009 mais je ne l’ai pas fait parce que les sénégalais parlent beaucoup.  Je ne voulais pas qu’on dise de moi que j’en fais trop parce que j’ai un studio alors j’ai choisi de faire juste une mix tape. Tu vois ? J‘ai un peu enchainé les albums et là je travaille sur un autre pour cette année 2010.

Où as-tu trouvé les moyens de lancer un label ?
Ca a demandé beaucoup de moyens en effet, mais je travaillais beaucoup en France. Il y a aussi un cousin qui m’a beaucoup soutenu financièrement et moralement. Ensuite, je suis rentré au Sénégal et j’ai trouvé ici des gars qui évoluaient déjà dans le milieu et qui m’ont aussi beaucoup aidé, ils le gèrent maintenant. A propos de « jolof 4 life », les t-shirts, c’est Samba qui avait eu l’idée en France. Il a bien voulu m’associer au projet après et ca marche bien.  C’est ce qui a fait que les t-shirts fassent l’objet de contre façons. Seulement c’est derniers sont de mauvaise qualité, je l’ai testé, mais les gens semblent l’adopter. Peut-être aussi que c’est parce qu’on les vend un peu cher mais la qualité ne peut pas couter moins que ca. Ce n’est pas juste un t-shirt qu’on te vend mais une marque. Ça fait plaisir de le porter parce que ca te donne une  identité.

Des rumeurs disent que tu as chanté «rap lagnou wakh » pour faire du clash, provoquer d’autres rappeurs qui ne font du vrai rap ?
« Rap lagnou wakh » est en fait adressé aux rappeurs qui parlent plus qu’ils ne chantent. Il y a trop de clashs et trop de bavardages dans le milieu du hip hop Galsen. J’ai sorti alors ce morceau pour rappeler à ces rappeurs-là que l’heure était au travail. Le public n’a pas besoin de tout ce tralala. Je parlais à ceux qui faisaient ce qu’ils voulaient du rap, qui se servaient de cet art pour se faire un nom non mérité. Tous ceux qui ont bien écouté ce son savent que je ne parle de personne en particulier. La charte, la philosophie du hip hop, c’est peace, love and having fun et je défends cela.je ne dirai pas cependant que tel ou tel fait du rap, ou si tel ou tel n’en fait pas ! Il n y a pas de vrai rap ou de faux rap, il y a juste le rap. Je suis l’exemple typique de la diversité. Je ne fais pas uniquement du rap, je chante aussi sous des sons reggae et autres et mon public aime ca, les faits parlent d’eux même. Il m’arrive aussi d’accompagner ma femme dans des boites de nuit où on danse le mbalax même si je le danse mal (rire), du zouk, etc. mais j’aime le mbalax, j’écoute Youssou Ndour, je n’ai pas de complexes. Je n’ai pas de limites sur ce que je fais. Cependant, je dirai qu’il y a des débats partout mais j’ai surtout chanté «rap lagnou wakh» parce que j’entendais des animateurs, des journalistes dire que le rap est mort.

Que penses-tu des animateurs qui donnent une mauvaise image au hip hop ?
J’ai personnellement appelé certains animateurs pour les briefer et je commence à noter des changements et je ne suis pas le seul à les appeler. Bien sûr qu’il y a toujours des brebis galeuses mais ca ira. En un moment donné, tout le monde avait appris dans le tas, mais là on commence à avoir besoin de professionnalisme. Il faudra qu’on change de discours parce que nous sommes dans un pays où les gens ont faim, les gens ont des soucis alors ils ont besoin d’autres choses que des clashs ou des injures déclenchés par des animateurs sans scrupule. Je fais parti de ceux qui ont organisé les 72h et on ne nous a pas payé pour le faire. Les organisateurs méritent du respect. Il y avait un comité d’animateurs chargés de sélectionner ceux qui devaient jouer. On sait qu’il y a peut être eu des erreurs de notre part, mais on essayera de les rectifier l’année prochaine. C’était juste la 2ème édition et on apprend encore, on va y aller étape par étape inchallah.

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Qu’est ce qui pousse, selon toi, le public à t’adorer ?
Je suis égal à moi-même et c’est pour cela que je suis bien accueilli partout où je vais. Je fais le même effet au Méridien Président qu’au fin fond de la banlieue. Il y a certes des rappeurs qui croient que ca doit être le blow tout le temps et c’est un peu pour cela que le public leur en veut. Je traîne dans les boites de nuit et je ne bois pas pour autant. Il y en a qui se font leurs propres ennemis parce qu’ils suscitent naturellement la haine. Nous sommes au Sénégal et nous avons nos réalités. Il faut qu’on arrête de se leurrer. On a notre culture et on ne peut pas empêcher que ca détonne sur notre musique. Personnellement, quand je vois un artiste entrain de passer complètement à coté, je vais chez lui pour le lui dire. C’est mieux je crois bien.

Et l’incident avec Fata lors des 72h, à ton avis  qu’est qui l’a provoqué?
Il faut arrêter ces spéculations. Il n y allait même pas avoir cet incident si la police était là, on a payé les flics pour venir assurer la sécurité mais ils ne sont pas venu. C’est à l’état de gérer cela. On a réuni  40 000 personnes et il n y a pas eu le moindre blessé alors on peut s’estimer heureux. Dire que tel ou tel n’est pas monté sur scène n’est pas  important. C’est un faux débat. Il y a eu des rappeurs qui ne voulaient pas monter sur scène comme Awadi, Maxi Crazy, … Même moi je ne voulais pas monter pour laisser la place aux autres, mais c’est le comité qui a insisté pour qu’on joue. Tu sais, nous n’avons pas besoin de ca pour montrer qu’on existe. On nous paie gracieusement pour jouer ailleurs en dehors des 72h et chaque semaine, on a des spectacles un peu partout dans Dakar et les régions. Ce qu’il y a lieu de retenir est que ce n’est pas seulement cet incident malheureux qui s’est passé lors des 72h. Il y a eu beaucoup de nouveaux groupes qui ont été approchés pour une production. Les rappeurs ont été sensibilisés sur le droit d’auteur et le droit voisin, sur l’histoire du rap. Il y avait aussi un atelier de slam, un autre atelier avec l’empire des enfants. Je me suis réconcilié avec Optimiste grâce aux 72h parce qu’il y avait un clash entre nous. Tu vois ? Il y a eu de bonnes choses qui se sont passées lors de ces 72h.  Mais sinon, j’ai de bonnes relations avec tout le monde. Je m’entends bien avec mes confrères, ils sont tous très sympas !

Quels sont les problèmes que tu rencontres dans le milieu du hip hop ?
En tant que producteur, je dirai qu’on a des problèmes de vente. On est confronté aussi au comportement de certains rappeurs qui tuent le mouvement du hip hop, qui font courir les sponsors et qui ne savent même pas comment en démarcher.

Tes projets ?
le label travaille sur l’album de tigrim bi qui sortira ce 09 février 2010. On est aussi en collaboration avec beaucoup de groupes de rap. Je travaille aussi sur mon prochain album qui sortira cette année inchallah Il ne reste que deux morceaux. J’y parle de l’histoire de la société, des injures et des clashs qu’il y a dans le rap, des ennemis, des personnes mal intentionnées, des faiseurs de malin, de l’amour, de la spiritualité, des rumeurs qui tuent, du gouvernement, etc.  Il y a vraiment tout dans cet album.

Qu’est ce qui t’inspire tous ces thèmes ?
Ceux qui m’écoutent chanter me connaissent. Ma musique me correspond, elle dépend de mes états d’esprit, de mes humeurs. C’est dans mes textes qu’on sait que j’ai perdu mon père il y a 3 ans, qu’ il m’en a voulu a un moment de m’être converti mais que ça  s’est réglé au fil du temps Alhamdoulillah ! En m’écoutant, on sait que la bataille d’un Ndiago ne se termine jamais (rire). En écoutant mes albums, on sait que j’avais aimé une fille et que ses parents m’interdisaient de la voir parce que j’étais juste un simple rappeur,…. Je relate l’histoire de mon parcours dans le prochain album. Tu vois ? Je m’inspire de ma vie et les fans aiment ca parce que chacun s’y identifie, c’est à la portée de tout le monde. Sant Yalla quoi !

Comment vis tu en famille ? A quel caractère t’associe-t-on ?
Certains rappeurs croient que c’est une affaire de rue, mais la plupart d’entre eux sont cool. Chez moi on joue à PlayStation tout le temps, mais ça ne nous empêche pas d’avoir du caractère quand il le faut ! On nous colle des étiquettes, mais on mène en général des vies très simples. Je dirai que, je suis de nature lunatique. Tantôt euphorique, tantôt calme, fou dés fois (ca arrive), timide dans d’autres cas. Et Billahi, je ne sais même pas ce qui m’inspire ces états d’esprit. (Fou rire). C’est pour cela, que je comprends si bien Nitdoff (je devrais m’appeler comme tel sakh), on se ressemble quelque part. Un type que j’aime bien. Je ne dirai pas que je suis un adepte du « sagn cé » comme on dit, mais je tiens à être correct. Je m’interdis certains trucs parce que je suis âgé, (30ans, c’est quelque chose) et ne ris pas, je suis bien âgé. Je suis marié depuis presque deux ans, bien que ce n’est pas assez facile (surtout pour elle) avec mes horaires et la pression qu’il y a dans le métier mais je suis un monogame incontestable (fou rire).

Le mot de la fin ?
Bon, prions pour que le public du hip hop soit plus conscient. Les divergences existent partout, mais tachons de les diminuer. Personne n’est parfait, il suffit juste d’être compréhensif. Respect au public, respect à tous ceux qui évoluent dans le milieu du hip hop. Respect à dakarmusique et que les rappeurs arrêtent de spéculer. Rap la gnou wakh (rire) !


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