jimmy-hopeDe son vrai nom Senaya, Jimmy Hope, d'origine togolaise, est un artiste musicien international, peintre et sculpteur. Il est aussi reconnu comme fervent défenseur d'une Afrique libre. D'où son choix pour le Blues, un genre musical dont le rythme vient de l'âme et du cœur. Lors de son passage à Bamako pour l'enregistrement de l'émission de téléréalité Tounkagouna, il a bien voulu répondre aux questions de Bamako Hebdo.
Bamako Hebdo : vous êtes l'une des grandes figures de la musique africaine, que peut-on savoir de votre parcours ?

Jimmy Hope : j'ai commencé la musique il y a de cela 43 ans. Je fais du Blues, du Jazz, du Rock and Roll et du Reggae. Grace à ce métier, j'ai fait presque le tour du monde. J'ai rencontré pas mal d’artistes qui m'ont d'ailleurs beaucoup inspiré. Je vis entre la France et le Togo. En France je suis avec ma famille. Je vais régulièrement au Togo pour me ressourcer et former la génération montante. Là bas, je me donne beaucoup plus à la peinture et à la sculpture, parallèlement à la formation des jeunes. Ce que je fais pour le Togo n'est pas forcément pour avoir de l'argent, mais pour contribuer, à ma manière, au développement de mon pays. Je forme par exemple gratuitement les jeunes qui désirent faire de la musique, de la peinture ou la sculpture. Mon objectif est toujours d'avoir de nouveaux challenges et d'aller vers le public qui est pour moi une de mes sources d'inspiration.

Vous faites des rythmes  peu connus  en Afrique comme le Blues, le Jazz, le Rock and Roll.... Pourquoi ce choix ?

Je suis un peu comme un poète qui se sert de la philosophie populaire pour relater certains faits sociaux. J'aime communiquer avec mon entourage, raison pour laquelle une fois sur scène mon premier objectif est d'être en parfait accord avec le public. C'est peut être l'une des raisons de ce choix. Et l'une de mes missions est la promotion de ces rythmes chez nous. Si je prends le cas du Blues, je vous dirai que c'est un rythme purement africain, mais peu connu comme vous le disiez tantôt.  Ce qui fait dire à certains que c'est un rythme américain. Je dis non, il est africain. Ce n'est pas parce que le Blues est beaucoup plus chanté en anglais qu'il est un rythme américain. Le Blues est né du cri des esclaves, lors du commerce triangulaire. Il est comme du cacao, qui part d'ici en fruit, et revient de l'Occident en chocolat.

La musique africaine a aussi accompagné les indépendances du continent. 50 ans après, quelle lecture faites-vous de la situation musicale?

La musique africaine a connu beaucoup de changements aussi bien positifs que négatifs. L'aspect positif réside dans le fait que de nos jours, la musique africaine est connue de par le monde entier. Cela à travers les échanges culturels et sa présence dans tous les festivals en Occident, contrairement aux années 60. L'aspect négatif de la situation actuelle est que la musique africaine d'aujourd'hui est banalisée et dans laquelle la plupart des jeunes se jettent avec les  facilités qu'offre l'informatique. De ce fait, ils ne se mettent plus au travail pour vraiment apprendre ce métier avec rigueur.  C'est le côté festif qu'on valorise, or ce n'est vraiment pas ce qu'il faut montrer au monde entier. Il faut qu'à travers notre musique, on passe des messages sur les problèmes de l'Afrique, faire des revendications et conscientiser ceux qui écoutent notre musique.

En votre qualité de leader de la musique africaine, comment appréciez-vous les rythmes d'aujourd'hui ? Dites-nous si la musique peut nourrir son homme ici en Afrique?

Il faut chanter et magnifier l'Afrique, faire passer des messages pertinents. Il y a certes des musiques aux rythmes dansants et des musiques bonnes à écouter. De nos jours, presque tous les jeunes veulent faire dans le même style,  je pense que si ça continue sur cette lancée, la musique africaine perdra sa valeur. Il faut faire des musiques durables et apprendre à chanter. Par ailleurs, il est bon de souligner que la musique peut nourrir son homme quand elle est prise au sérieux. Il faut l'apprendre et savoir ce qu'on veut. Si on fait de la musique pour danser et s'amuser seulement, on n'arrivera à rien. Il faut la prendre au sérieux et travailler avec rigueur.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes désirant faire carrière dans la musique ?

C'est un métier très passionnant. Je leur demande tout simplement d'être patients et de ne pas se presser pour la réussite  qui ne vient qu'au bout de l'effort. La musique est un métier qu'il faut apprendre avec rigueur. Pour cela, il faut suivre les étapes. Tant qu'on est bien formé et qu'on connait son métier, on  tire toujours son épingle du jeu. Si on brûle les étapes parce qu'on veut vite arriver, on est bloqué au bout du chemin.

Vos projets et le mot de la fin?

Former davantage des jeunes Africains, leur inculquer l'amour de la musique et la passion de l'art.

Je ne peux finir sans dire merci à Maestro, celui à travers qui, j'ai connu ce grand pays qu'est le Mali. Nous luttons pour les mêmes causes à savoir la promotion de la musique africaine et la formation des jeunes désirant faire carrière dans la musique. Je dis merci au  grand public malien qui, à travers l'émission Tounkagouna,  m'a accueilli comme je l'ai toujours souhaité. Je lui promets de revenir avant la fin de l'année, s'il plait au bon Dieu.


Entretien réalisé par clarisse Njikam

Source : Bamako Hebdo via Maliweb