thiaatS’il y a un groupe de rap que tout pouvoir aimerait ne pas être dans la ligne de mire, il s’agit bien le groupe Keur Gui. Originaire de Kaolack où ils se sont fait censurer et emprisonner par le maire de la ville, Thiaat et Kilifeu n’ont jamais cessé le combat pour être aujourd’hui au devant de la scène hip hop du fait de leur engagement sans commune mesure. Dakar musique est allé à  la rencontre de Thiaat du groupe Keur Gui pour un entretien exclusif dans lequel il reviendra sur les activités du groupe mais également sur la situation politique du pays.

Dakarmusique.com: qu’est ce qui fait l’actualité du groupe Keur Gui ?
L’actualité c’est que nous sommes en train de travailler pour la sortie de notre prochain album.  C’est un opus à trois temps ou encore notre New York, Paris et Dakar. Il y aura des chansons qui seront faites à New York, d’autres à Paris et à Dakar. Cet album va être celui de la consécration, il va retracer tout ce que nous avons eu à faire, il va montrer un autre et un véritable Keur Gui.

Dakarmusique.com: votre prochain album tarde à voir le jour, quelles sont les raisons ?
Oui c’est vrai que l’opus se fait désirer mais c’est juste parce que nous avons envie de faire quelque chose de différent de ce que nous avons eu à faire jusqu’ici. La musique c’est une recherche perpétuelle, ce n’est pas seulement des  lyrics et, il ne s agit pas seulement de poser mais de savoir : sur  quoi nous devons  poser ?  Comment nous devons  le poser ? Et avec quoi le poser ? Keur Gui est un groupe qui prend son temps pour bien faire les choses. Nous sommes en train d’y travailler et, quand nous serons satisfaits de la production, on le sortira parce que le public aussi le sera.

Dakarmusique.com : qu’est ce que ca fait d’être considéré comme le groupe le plus engagé du Sénégal ?
C’est une tache énorme, une responsabilité mais également un honneur  parce que ce n’est pas  rien d’être considéré comme  le groupe le plus engagé du Sénégal voire de l’Afrique. Nous allons tout faire pour le rester parce que l’engagement est un concept, une manière d’être et de vivre.

Dakarmusique.com: la nudité comme moyen de contestation, qu’est ce qui vous a inspiré ?
La nudité, nous l’avons adopte pendant notre incarcération parce qu’une fois en prison, ils nous ont déshabillé croyant que ce sont nos habits qui nous déterminent et nous poussent vers la dénonciation et la contestation. Alors nous  leur avons dit que le port vestimentaire n’avait rien avoir dedans et que désormais nous serons torse nu. Torse nu aussi pour montrer que nous sommes des africains, nous sommes toujours sous domination de l’occident, nous sommes toujours des esclaves.

Dakarmusique.com: comment se porte le hip hop ?
Le hip hop se porte super bien, les albums sortent, les gens ont des home studios et des industries, il y a Africulturban,  Djolof  4 life etc.  Les gens ne sont plus complexés et n’écoutent plus Tupac et autres, les vidéos sont des meilleurs, le hip hop a pris un envol comme jamais avec les concerts et autres. Les Mc ici sont les meilleurs et la troisième place mondiale que nous réclamons tous les jours je le conforte, j’y crois et c’est une vérité indéniable. Partout en Afrique, en matière de technique, de flow, de rimes, les sénégalais sont les meilleurs. En matière de hip hop, nous sommes en avance par rapport au reste de l’Afrique. Mais beaucoup de pays sont dans la période de l’engouement de 98 que  nous avons dépassés depuis belle lurette. Naturellement et comme partout ailleurs, notre hip hop fait son traversé du désert et, bientôt, nous allons le dépasser pour repartir de plus belle.

Dakarmusique.com: vous confirmez et confortez donc l’idée selon laquelle le Sénégal est toujours la troisième nation hip hop dans le monde ?
Oui la France nous domine parce qu’elle a plus d’infrastructures et de logistiques que nous. Mais s’il s’agit juste de poser des rimes avec la technique, le flow etc. il n y a pas photo. Si on avait leurs moyens, on allait entendre le hip hop sénégalais à un autre niveau.

Dakarmusique.com: que faudrait-il pour que la marche du hip hop aille de  l’avant ?
Il faut des infrastructures qui encouragent et participent au développement du hip hop. Il faut aussi des studios et des salles dans toutes les régions du Sénégal, pour permettre aux jeunes de pouvoir s’adonner à  leur art. Le hip hop est aussi une musique de jeune et l’état se doit de l’accompagner, qu’il revoit sa politique de jeunesse parce qu’elle doit passer par une bonne politique d’accompagnement du hip hop.

Dakarmusique.com : est-ce un sentiment d’optimisme ou de déception qui vous anime plus d’un an après la prise du pouvoir par le président  Macky Sall ?
Nous ne sommes pas du tout rassurés par le président Macky Sall. Nous ne voyons pas une volonté et une envie de développer le pays. Nous sommes déçus de la manière dont le pays est géré, il y a des nominations à tord et à travers, il y a des cumules de fonctions, c’est la belle famille et les amis etc. la seule satisfaction que nous avons c’est sur le plan de la justice qui se démène comme un beau diable pour ramener l’argent des sénégalais  et c’est à saluer. Sinon, l’économie ne prend pas son envol mais, au contraire, elle se plombe et la situation va de mal en pis.

Dakarmusique.com : qu’attendez-vous concrètement de la part du président de la république ?
Nous attendons de lui qu’il ramène les mandats à 5 ans, que la séparation des pouvoirs et  les reformes institutionnelles se fassent,  qu’il diminue le cout de la vie. C’est tout ce qu’on lui demande, parce qu’il ne peut pas faire plus que ça. Honnêtement, je ne vais pas faire partie de ceux qui seront déçus par le président Macky Sall à la fin de son mandat parce que je ne fonde pas beaucoup d’espoir en lui.

Dakarmusique.com: vous avez signalé tout la l’heure la marche de la justice et cette même justice a mis dans les fers Karim Wade, ancien ministre et fils d’un ancien président, qu’est-ce que cela suscite en vous comme réflexion?
Je suis très content de l’incarcération de Karim Wade ; c’est la première fois en Afrique qu’un fils de président ou d’ancien président se retrouve entre deux murs. C’est du jamais vu en Afrique et cela témoigne du courage et du mérite de  notre justice, de la gendarmerie qui a pu démanteler un réseau  aussi talentueux et sophistiqué avec des gens comme Karim Wade qui ont de l’argent dans les paradis fiscaux.

Dakarmusique.com: Keur Gui en a t-il toujours marre ?
Forcement ! On en a toujours marre et peut être même qu’il faudrait s’attendre à y en a pire.

Abdoulaye Diaw, Dakarmusique.com
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