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ctdMusique. Professeur de mathématiques au Havre et rappeur, Cheikh Tijane Diop, alias CTD, sort un nouvel album.

Le beat est en place, les rimes sans détour et les punchlines efficaces entre deux refrains hip-hop ou R’n’B. Bienvenue dans l’univers musical de Cheikh Tijane Diop (CTD), né à Nouakchott en Mauritanie il y a trente et un ans et rappeur en plus d’être prof de maths. À moins que ce ne soit l’inverse, si l’on se réfère au nombre de vues exponentielles de son dernier morceau Music Soldier sur YouTube (plus de 50 000 en deux semaines). Tout est question d’arithmétique !

S’il se considère de nationalité sénégalo-mauritanienne, vestige d’une époque où les deux pays n’en formaient qu’un avant le rétablissement des frontières ayant pour incidence un déplacement forcé des populations noires de Mauritanie au début des années quatre-vingt-dix, cette épreuve a forgé en lui une volonté et un caractère forts.

Un master de maths appliquées

C’est désormais le cœur solidement ancré au Havre qu’il nous expose son parcours sans faute. Arrivé dans la ville normande à 18 ans le bac en poche, CTD Diamant Noir, comme on l’appelle souvent, du nom de son premier album sorti en 2011 - et dont on retiendra le titre Mariage forcé - s’inscrit à la fac en maths appliquées. « J’en suis sorti avec un master en poche et je me suis ensuite dirigé vers l’enseignement. »

Au cours de ses études, Cheikh découvre le rap, qui symbolise alors son premier contact avec la France : « Je me suis retrouvé dans les paroles qui décrivaient les tensions sociales, mais ça m’a aussi donné l’envie de découvrir les films, les livres dont ils parlaient ». Il commence en parallèle à écrire ses premiers textes, encouragé par ses amis, fait ses armes aux concerts de l’université et s’inspire des griots africains, ces conteurs chanteurs passeurs d’Histoire de génération en génération. « Je n’ai jamais oublié d’où je viens », comme le symbolise peut-être la tunique africaine qu’il porte, « un mélange des traditions ». C’est toutefois avec son deuxième album Mine (« Moi », en peul), un savant mélange de rap ethnique accompagné de musiciens d’instruments traditionnels, qu’il prend plaisir à jouer en concert pour quelques dates et un retour au pays.

Pour son troisième projet enfin, il collabore pour la partie technique avec les équipes de Médine, le « grand frère havrais », mais aussi avec le chanteur guinéen Souls Bang’s, lauréat de Découvertes RFI 2016, pour un résultat artistique métissé. Son nom : Couleur Charbon, un clin d’œil à ses origines, mais qui démontre aussi sa soif d’autodétermination. Pourtant, CTD a bien du mal à définir à quel style de rap il appartient : « Je suis quelqu’un de positif, je rappe ce que je suis, ce que j’ai vécu. J’aime quand c’est diversifié, quand il y a de la vie. Tout le monde a le droit de rapper du moment qu’il a quelque chose à dire. »

Il ne se considère par comme un exemple, mais entretient un bon feeling avec les élèves, dissociant ses « deux vies » même s’il concède construire parfois des triangles « PNL », « IAM » ou « CDD », déformation professionnelle oblige ! Il se rappelle avoir donné des cours de soutien, au centre de formation du HAC, à Paul Pogba (on comprend ainsi mieux la dédicace adressée au footballeur dans le titre Music Soldier) ou Benjamin Mendy, pour ne citer que les plus connus. Actuellement, il profite des vacances scolaires « entre deux corrections » pour peaufiner les derniers détails de son album, prévu pour février 2017.

AURÉLIEN MARCHAND

L’album « Couleur Charbon », sera disponible début 2017 sur les plateformes d’écoute et de téléchargement.

Source : paris-normandie.fr